La Règle de saint Benoît : un chemin de vie — Avec Benoît et les Pères cisterciens

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La Règle de saint Benoît : un chemin de vie

Il est banal de dire qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde à la fois sans repères et en recherche de repères ...

 

 

Il est banal de dire qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde à la fois sans repères et en recherche de repères. Il arrive aussi que des chrétiens soient aussi parfois déroutés, désorientés dans leur vie chrétienne et souhaitent trouver une ligne à suivre, une forme de guide, une « spiritualité » pour conduire leur vie. Bon nombre d’entre nous peuvent dire avec le psalmiste : « Que tes pensées sont pour moi difficiles, que leur somme est imposante ! (Ps 138,17) » On a parfois bien du mal à s’y retrouver et le butinage n’apporte pas toujours la réponse satisfaisante à la recherche. On souhaiterait bien croire le psalmiste : « Déchiffrer ta parole illumine et les simples comprennent (Ps 118,130) ». Nous sommes sans doute compliqués mais souvent nous manquons d’une ligne directrice, nous cherchons un chemin pour essayer d’avancer derrière Celui qui nous dit : « Je suis le chemin, la Vérité, la Vie.(Jn 14,6)»

Voici qu’une Règle rédigée au VIème siècle par saint Benoît est repère de vie pour des moniales, des moines, vivant apparemment hors du monde dans un espace clos. Voici que cette Règle par le témoignage cistercien interpelle aujourd’hui des personnes mariées, mères et pères de famille, des célibataires d’origine sociale très diverses, d’opinion politique différentes, résidents en ville ou à la campagne avec des engagements très diversifiés et sans communauté visible permanente. Comme l’a dit le pape Benoît XVI : « Cette Règle propose des indications utiles non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. Par sa modération, son humanité et son sobre discernement entre ce qui est essentiel et ce qui secondaire dans la vie spirituelle elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu’à aujourd’hui. (Benoît XVI pour la fête de saint Benoît 9 avril 2008 »)

Cette Règle s’adresse à tous : « Qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres. (Prol 3) » et elle intéresse : « Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? (Prolog 15-Ps 34,13) » La Règle est une relecture de l’Ecriture où le Christ occupe une place centrale. Les citations de l’ancien et du Nouveau Testament y sont nombreuses. Elle est à la fois une école (Prolog 45) et une source. Chacune et chacun est concerné : celle ou celui qui exerce des responsabilités dans la société et celles et ceux qui en ont moins ou pas, le malade et le soignant, le jeune et l’ancien. Elle est destinée à des gens ordinaires qui mènent une vie ordinaire et elle touche tous les secteurs de la vie. Très humaine, très équilibrée, très incarnée, elle dédramatise les choses et les évènements. La Règle implique le respect des personnes et fait toujours le lien avec la Parole qui commande toute attitude puisque c’est notre relation aux autres qui vérifie notre relation à Dieu.

Elle est articulée autour de cinq piliers qui balayent notre quotidien :

Le premier est celui de la prière et de la lectio divina qui est une lecture chrétienne de l’Ecriture. Ce sont elles qui apportent la nourriture et qui irriguent la vie. C’est à la source à laquelle il faut aller boire.
Le second est le travail. Que l’on soit moniale, moine ou laïc, il nous faut travailler pour vivre, assurer une retraite pour ne pas être à charge. Pour les retraités ce travail peut être une activité bénévole : « L’oisiveté est l’ennemie de l’âme (C 48,1-18-29) ». Si le travail nous rend participant de la Création, il est aussi vérification de notre relation aux autres. Il n'est pas une fin en soi, il est un moyen.
Le troisième est l’ascèse. Le sens de ce mot est exercice, entraînement. Ce n’est pas non plus une fin en soi, un but. C’est un moyen pour éduquer notre sensibilité, nos choix, nos puissances de désir afin de les orienter vers Dieu et ainsi apprendre à nous unifier. A chacun de réfléchir sur les moyens qu’il prend qu’il prend pour ne pas trop se disperser, ce qui est peut-être une fuite. A chacun de voir dans sa vie où il situe le pouvoir et le paraître.
Le quatrième est la vie fraternelle, la vie avec les autres, lieu privilégié où s’authentifie la qualité de la relation avec le prochain qui peut devenir frère. C’est le lieu où l’on apprend à se connaître. C’est l’école de l’humilité, du pardon, de la miséricorde et de la vérité par rapport à soi-même et par rapport aux autres : « Le fer se polit par le fer et l’homme par le contact avec son prochain. (Pr 27,17) »
Le cinquième est le retrait du monde, ce qui ne veut pas dire qu’il faut fermer sa porte, se cloîtrer, fuir ses relations, sa vie de famille : ce serait un faux idéal. Le retrait du monde c’est apprendre à gérer la distance et la proximité par rapport à toutes les sollicitations dont nous sommes l’objet ; c’est apprendre à ne pas se laisser dominer par tout ce que nous pensons devoir faire ; c’est apprendre à être présent à soi-même pour être mieux présent aux autres et à Dieu.

Ecole d’un vivre ensemble possible, guide du quotidien, relecture de l’Evangile, elle est au fil des jours une source de liberté, chemin de conversion du cœur, chemin du suivre Jésus là où nous sommes avec nos joies, nos difficultés mais aussi avec les talents que nous avons reçus. Elle est lieu d’envoi pour la mission