En chemin vers Pâques
Nous voici rassemblés autour de Jésus sur la montagne : disciples à l’écoute de leur Maître, membres de son corps...
En chemin vers Pâques…
Nous voici rassemblés autour de Jésus sur la montagne : disciples à l’écoute de leur Maître, membres de son corps. Et nous entrons en Carême comme baptisés, plongés dans sa mort et sa résurrection. Que nous dit jésus ?
Je vois d’abord que Jésus n’est pas celui qui institue le Carême à la différence du Ramadan codifié et proposé par le prophète Mohamed à sa communauté.
Ce que je vous commande, dit Jésus, c’est de vous aimer les uns les autres… (Jn 15,17) si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour (Jn 15,10).
L’observance du Carême nous vient de l’Eglise… peut-être au IVème siècle… de l’Eglise regardant Jésus. Comme les israélites regardaient la Terre promise, les chrétiens regardent Jésus terre des vivants : en lui, la promesse est accomplie.
Durant quarante jours, on va se préparer : afin de pouvoir bien célébrer le Mystère pascal. Bien, c’est-à-dire en esprit et en vérité. Il ne s’agit pas d’une observance nouvelle ; ces pratiques sont celles du judaïsme et on les retrouve dans les religions : prière, jeûne, aumône. Plutôt c’est la vie chrétienne, la vie évangélique qui se recueille, fait retraite, afin de revenir à l’essentiel de sa vie baptismale : la Mort et la Résurrection de jésus, le Rédempteur de l’homme.
On comprend alors saint Benoît estimant tout simplement : « il est clair qu’un moine doit garder en tout temps l’observance du Carême… » (RB49,1). Le monastère étant cette école du service du Seigneur, cette école de l’amour -l’unique commandement nouveau- où « persévérant dans sa doctrine jusqu’à la mort, nous participerons par la patience aux souffrances du Christ pour être admis à partager son règne » (RB Prol.50).
Nous entrons donc ensemble en retraite de baptême : en union avec Jésus lui-même se retirant poussé par l’Esprit, au désert quarante jours, quarante nuits. C’est lui qui ouvre le chemin, le passage. Et nous commençons par lui demander, par une très instante prière, de mener lui-même à bonne fin ce Carême : de nous mener au salut. Jésus exauce nos prières par un geste. Jésus va nous « croiser » nous marquer du signe de sa croix.
Par l’imposition des cendres, c’est recevoir un secret… Ton Père voit ce que tu fais en secret : il voit ta vie greffée sur la croix et qui porte du fruit, même si à ti elle semble stérile, inutile. La croix est un secret d’amour : et Dieu brûle de le voir enflammer tous les cœurs ... Ce Carême, ici à Fès, c’est aussi un secret : celui du grain qui tombe en terre.
Recevoir la croix des cendres, c’est recevoir un signe de lumière. Oui, car nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est. Quiconque fonde sur lui, Jésus, une telle espérance, se rend pur comme lui Jésus est pur. Les jours du carême sont des jours saints, non pas du fait de nos bonnes actions mais parce que Jésus est saint nous sanctifiant dans l’Esprit.
La Croix des cendres, c’est aussi un signe de ressemblance et d’appartenance : Jésus est le premier-né d’une multitude de frères qui retrouvent en lui le Fils bien-aimé : la gloire des enfants bénis du Père, regardés par le Père, qui voit dans le secret ce que je suis en vérité.
La croix des cendres : un signe de victoire. Parce que ces jours sont un combat. Il s’agit de refuser comme illusoire toute victoire qui ne serait pas celle de Jésus le crucifié ressuscité, le Serviteur exalté, obéissant jusqu’à la mort, glorifié auprès du Père, élevé. Jésus nous donne son signe : ton combat est le mien pour le salut de ce monde, n’aie pas peur : je suis vainqueur. Pose-moi comme un sceau sur ton cœur (Ct 8,6) : le lieu et l’enjeu de ce combat, c’est notre cœur et nous accueillons la croix des cendres comme une blessure car l’Amour est fort comme la Mort (Ct 8,6). Une blessure d’amour. Ecoutons Bernard : « Marie l’a reçue dans son être : une grande et douce blessure d’amour ; pour moi, je m’estimerais heureux si de temps à autre, je pouvais me sentir frappé au moins par l’extrême pointe de ce glaive ». Marie a résisté à toute tentation : à l’abri du Très Haut. Marie a vaincu : son armure, son bouclier, c’est la Fidélité à son Seigneur. Marie repose à l’ombre du Puissant, elle ne craint pas le mal.
Près d’elle, recevons, recevons la croix des cendres comme un signe de Pâque. Avec elle entrons dans la joie du salut, acceptons d’être imposés, acceptons d’être sauvés, d’être aimés.
Bienheureux frère Christophe ocso Extrait de : Lorsque mon ami me parle. Tibhirine Paroles.p.33-35 Bellefontaine 2010
