Fête des saints Pierre et Paul. témoignage de saint Bernard — Avec Benoît et les Pères cisterciens

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Fête des saints Pierre et Paul. témoignage de saint Bernard

Glorieuse cette fête qui a fait briller sur nous sa lumière : deux illustres martyrs, chefs des martyrs et princes des apôtres l’ont consacrée par leur mort illustre ...

 

 

Deux pécheurs capables de miséricorde

 

   Glorieuse cette fête qui a fait briller sur nous sa lumière : deux illustres martyrs, chefs des martyrs et princes des apôtres l’ont consacrée par leur mort illustre. Je veux parler de Pierre et de Paul, ces deux astres brillants que Dieu a placés comme deux yeux dans son Église. Ils m'ont été donnés pour maîtres et pour médiateurs, et je puis me confier à eux en pleine sécurité. Ce sont eux, en effet, qui m'ont enseigné les voies de la vie, et ils sont les médiateurs par lesquels je puis m'élever jusqu'au grand Médiateur qui est venu rétablir la paix par son sang, entre la terre et les cieux (Col 1,20).

   Voilà pourquoi Dieu m'a donné ces deux hommes, qui, du fait qu’ils étaient hommes et pécheurs et très grands pécheurs même, deux hommes enfin, qui ont appris en eux-mêmes et par eux-mêmes comment ils devaient avoir pitié des autres hommes. Coupables de grandes fautes, ils accorderont facilement le pardon à de grandes fautes, et selon la mesure dont on s’est servi pour eux, ils mesureront en retour pour nous. En fait de péché, grand fut celui de Pierre qui a peut-être péché plus gravement que nul autre. Il a néanmoins obtenu un aussi rapide que facile pardon, au point qu'il ne perdit rien de sa primauté. Et Paul, qui déchira d'abord les entrailles de l'Église naissante, avec une ferveur unique, incomparable, est amené à la foi par la voix du Fils de Dieu lui-même (Ac 9,4s). En échange de tant de mal, il a été comblé d’un si grand bien qu’il est devenu le vase de choix pour porter le nom du Seigneur devant les païens et les rois et les enfants d’Israël. Ce fut un vase digne de son emploi : l’homme en santé y trouve sa nourriture, le malade un remède.

 

Deux hommes doux puissants et sages

 

   Voilà les pasteurs et docteurs qu’il fallait établir sur le genre humain : des hommes en même temps doux puissants et sages. Doux pour me recevoir avec bonté, avec miséricorde, puissants pour m'assurer une forte protection, sages enfin pour me conduire dans la voie et par la voie qui mène à la cité sainte. Or, où trouver plus de douceur qu'en saint Pierre dont témoignent les Actes des apôtres et ses deux Epîtres. Où trouver plus de puissance qu'en celui à qui la terre même obéit quand elle lui rendit ses morts (Ac 9,40.) ; sous les pieds de qui les eaux mêmes de la mer devinrent solides (Mt 14,28 ……) …qui reçut enfin, d'une manière si exclusive les clés du Royaume, que le jugement de Pierre doit précéder celui même du Ciel ? En effet, c'est à lui qu'il est dit : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié de même dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi dans le ciel (Mt 16,19…). » Enfin, comment trouver plus grande sagesse que la sienne, puisque ce ne sont pas la chair et le sang qui lui révèlent la vérité ? De très grand cœur je me mets à la suite de Paul qui va, dans son excessive douceur, jusqu'à pleurer sur les pécheurs qui ne font point pénitence (2Co 12,21). Il s’est montré par ailleurs plus fort que Principauté et Puissance (Ep 1,21-23), ce Paul enfin, qui alla puiser à pleines mains la sagesse et le suc des sens sacrés, non dans le premier ni dans le second, mais dans le troisième ciel (2 Co 12.2).

 

Ils nous apprennent à vivre

 

   Voilà quels sont nos maîtres. Ils ont reçu la plénitude de la science des voies de la vie, de la bouche même de notre Maître à tous, et ils n'ont point cessé de nous les enseigner jusqu'à ce jour. Qu'est-ce donc que les saints apôtres nous ont appris et nous apprennent encore ? Ce n'est point l'état de pêcheur ni le métier de faiseur de tentes, ni rien de semblable ; ils ne nous apprennent ni à lire Platon, ni à manier les armes subtiles d'Aristote, ils ne nous montrent point à étudier toujours sans jamais arriver à posséder la science et la vérité. Ils nous ont appris à vivre. Croyez-vous que ce ne soit rien que de savoir vivre ? C'est beaucoup, au contraire, c'est même tout. On ne vit point quand on est enflé par l'orgueil, souillé par la luxure, infesté des autres pestes semblables ; non, ce n'est pas vivre que vivre ainsi, c'est confondre la vie, et descendre jusqu'aux portes de la mort. Pour moi, la bonne vie consiste à souffrir le mal, à faire du bien, et à persévérer ainsi jusqu'à la mort. On dit vulgairement : « Celui qui se nourrit bien vit bien, » en cela l'iniquité se trompe elle-même, car on ne vit bien qu’à la condition de faire le bien.

 

                   Extraits sermon 1 pour la fête des apôtres Pierre et Paul (Œuvres complètes de saint Bernard. Charpentier 1865, Traduction revue)