Rameaux et Passion — Avec Benoît et les Pères cisterciens

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Avec Benoît et les Pères cisterciens
Menu
Navigation

Rameaux et Passion


Nous, allons faire une procession solennelle, et, peu de temps après, nous lirons l'histoire de la Passion....

Rameaux et Pässion

   Nous, allons faire une procession solennelle, et, peu de temps après, nous lirons l'histoire de la Passion. Pourquoi la réunion de ces deux choses en un jour, et quelle fut la pensée de nos pères, en faisant suivre la procession par la lecture de la Passion ? Pour ce qui est de la procession, il était juste de la faire aujourd'hui, puisque c'est à pareil jour qu'elle eut lieu la première fois, mais pourquoi l'a-t-on fait suivre de la Passion qui n'arriva que six jours après ? C'est avec infiniment de raison que la Passion se trouve réunie à la procession, afin que nous apprenions par là à ne pas miser sur les joies de ce monde, et que nous sachions bien que nos joies d'ici-bas cèdent vite la place à la tristesse. Ne soyons donc point assez insensés pour nous laisser frapper à mort par notre propre prospérité, et, aux jours du bonheur, rappelons-nous qu'ils seront suivis de jours mauvais. En effet, pour les hommes spirituels, ainsi que pour les charnels, ce monde est un mélange de biens et de maux. Nous ne voyons pas que pour les gens du monde, si quelquefois les choses arrivent selon qu'ils le désirent, souvent aussi, il en est autrement. Il en est de même pour les hommes spirituels, tout n'est pas tristesse, il y a bien aussi quelquefois pour eux des moments de bonheur, leurs jours se composent aussi comme ceux de la Genèse d'un soir et d'un matin, et ces paroles de Job : « Tu visites l'homme le matin et aussitôt après tu le mets à l'épreuve (Jb 7,18) » sont actuelles pour le temps qui passe et s'écoule.

   Voilà pourquoi aussi le Seigneur a voulu nous donner, en même temps, une leçon de patience dans la passion et d'humilité dans la procession. Dans l'une, il paraît comme un agneau qu'on mène à la boucherie, ou qui se trouve entre les mains du tondeur, et n'ouvre point la bouche. En effet, tandis qu'on le chargeait de coups, non seulement il ne faisait point entendre de menaces, mais même il n'ouvrait la bouche que pour articuler ces paroles : « Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Lc 23,34). » Mais dans son cortège triomphal, que voyons-nous ? Pendant que les habitants de la ville se préparaient à sortir à sa rencontre, lui n'ignorait point ce qu'il y avait de caché au fond de leurs cœurs. Voilà pourquoi il se présente à eux monté, non dans un char ou sur des chevaux aux freins d'argent et aux harnais semés de clous d'or, mais il vient humblement assis sur un modeste ânon que ses apôtres avaient couvert de leurs vêtements, et je ne crois pas que ces vêtements fussent les plus précieux de la contrée.

   Pour en revenir à la procession, j’y reconnais quatre catégories d'assistants et peut-être sont-ils dans notre procession d’aujourd’hui. Les premiers marchent en avant et préparent le chemin : ce sont ceux qui préparent le chemin du Seigneur dans vos cœurs et qui vous dirigent sur le chemin de la paix. D’autres suivaient : ce sont ceux qui, conscients de leur propre ignorance, suivent avec empressement et ne quittent jamais les pas de ceux qui les précèdent. Il y avait aussi les disciples, familiers de la maison qui se tenaient tout proches, à ses côtés, ce sont les contemplatifs. Enfin ceux qui le portent comme un fardeau qui les accable, ce sont ceux qui ont le cœur dur et l'âme sans dévotion. Ils sont donc les uns et les autres dans le cortège du Sauveur, et pas un d'entre eux ne voit sa face. En effet, ceux qui vont devant lui sont occupés à lui préparer la voie, c'est-à-dire ont l'œil ouvert avec inquiétude, sur les péchés et sur les tentations des autres. Quant à ceux qui marchent derrière lui, il, est bien évident qu'ils ne sauraient voir son visage. On peut dire d'eux, comme de Moïse, qu'ils ne le voient que par derrière. Sa monture ne lève jamais non plus les yeux pour le contempler, mais elle s'avance, la tête inclinée vers la terre. Pour ceux qui marchent à ses côtés, ils peuvent bien voir sa face de temps en temps, mais, ce n'est qu'en passant et à la dérobée, ils ne la contemplent jamais à leur aise, tant que le cortège est en marche.

 Mais fasse dans sa bonté, celui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles et qui doit remettre son royaume entre les mains de Dieu son Père, que nous demeurions dans son cortège toute notre vie, afin que nous méritions d'entrer un jour dans la sainte cité, avec ce grand cortège qui doit l'accompagner lorsque son Père l'accueillera avec tous ceux qui sont à lui.

 Bernard de Clairvaux, Sermon 2 dimanche des rameaux. (Extraits)