Tout nous est donné et tout concourt à notre bien
…il y a bien des choses qui nous troublent profondément, bien des choses qui nous sont manifestement contraires ...
Tout nous est donné et tout concourt à notre bien…
…il y a bien des choses qui nous troublent profondément, bien des choses qui nous sont manifestement contraires. Je m'étonne que vous me disiez que tout m'a été donné, quand il n'y a presque rien qui se plie à mes désirs. Il y a certaines choses qui semblent être à notre service, mais elles ne nous sont utiles que si nous prenons la peine de nous en servir. Ainsi, nos bêtes de somme, si, nous ne prenons point la peine de les élever, de les dompter et de les nourrir ne nous sont d'aucune utilité. La terre même qui, devrait-nous traiter en frères, ne nous donne notre pain qu'à la sueur de notre front, que dis-je ? Après que nous l'avons bien cultivée, elle nous produit encore des ronces et des épines. Ainsi en est-il de tout le reste, si nous y faisons attention toutes elles exigent de nous plus de service qu'elles ne nous en rendent, sans parler de celles qui sont toujours prêtes à nous nuire, tel que le feu à nous brûler, l'eau à nous engloutir, les bêtes sauvages à nous dévorer. Oui, j'en conviens, les choses sont ainsi, mais cela n'empêche pas que l'Apôtre ait dit vrai quand il s'exprime dans un autre endroit d'une manière encore plus explicite, en affirmant que « Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu et qu'il a appelés, selon son décret, pour être saints (Rm 8,28). » Remarquez bien que l'Apôtre ne dit pas que tout se plie à faire nos volontés, mais contribue au bien. Les choses ne servent pas à notre volonté, mais seulement à notre utilité ; non à notre plaisir, mais à notre salut, non à nos désirs, mais à notre bien. Il est si vrai que tout contribue à notre bien, de la manière que je vous dis, que, parmi elles, on compte les choses même qui ne subsistent pas, tels que les afflictions, la maladie, la mort et même le péché. Or, on sait bien que ces choses ne sont point des êtres, mais la corruption de l'être. Quant au péché, peut-on douter qu'il sert à notre bien quand il contribue à rendre le pécheur plus humble, plus fervent, plus vigilant, plus timoré et plus prudent ?
… Mes frères, jamais un cultivateur prudent ne trouve l'époque des semailles trop longue, quand il soupire après une riche et abondante moisson, or vos jours ne sont pas moins comptés que les cheveux de votre tête, et de même qu'il ne peut périr un seul de vos cheveux, ainsi un seul de vos moments ne peut se perdre. Puis donc que nous avons reçu de telles espérances, ne perdons point courage, mes frères, ne nous fatiguons point, ne reprochons point au fardeau du Christ d'être lourd, bien qu'il nous ait assuré qu'il est léger, ni à son joug d'être pesant, mais toutes les fois que nous songeons au poids du jour, pensons à celui de la gloire éternelle, à laquelle je prie le Seigneur des vertus et le Roi de gloire de nous conduire par un effet de sa miséricorde. Mais en attendant disons, avec ferveur et humilité : « Non pas à nous, Seigneur non pas à nous, mais à ton nom, donne la gloire. (Ps 113 b 9). »
Saint Bernard, sermons divers 1 (Extraits)
