Le travail dans notre Ordre
Le travail, dans notre Ordre, est un travail pour temps ordinaire, un travail très ordinaire. Bien sûr, nous respectons le rythme hebdomadaire et le cycle festif, y trouvant l’occasion d’un repos en Dieu, ou plutôt, d’exercer plus gratuitement cet autre service, office de louange qui est le nôtre. Mais il y aura toujours, dans notre vie commune, un certain nombre de tâches qui nous rappelleront même alors l’urgence quotidienne du travail pour vivre : c’est l’office de la cuisine, de la porterie, de l’hospitalité (ou encore celui d’un poulailler). Et nous avons souvent vérifié que les fêtes sont occasion d’ascèse parce que notre sollicitude est comme écartelée entre l’appel à célébrer longuement dans la prière et tous les préparatifs matériels qui accompagnent la célébration : Marthe et Marie. Sauf à découvrir, en de telles occasions, combien le travail quotidien le plus répétitif peut se trouver ennobli quand on prend à cœur de le soigner davantage pour contribuer à signifier la fête et à réjouir les cœurs : une mère de famille ne se plaint pas de sa tâche quand elle entreprend de fêter son enfant ou d’accueillir dignement ses invités. Les plus petites attentions peuvent alors signifier la vigilance de l’amour dans la trame des jours. On varie la sauce, et cela dit tout. Inversement, on perd le goût de l’ordinaire, quand tout devient prétexte à fête. Et l’amour qui trouvait à se dire dans le pain sans apprêt de chaque jour comme dans le plat ou la pâte plus « travaillée » des jours de fête, ne saura plus où trouver son langage ni quelle sauce inventer. Ceci doit rester très net dans la liturgie, sous peine de ne plus savoir reconnaître dans la Parole et le Pain partagés l’aliment vital, fruit d’un travail férial qui est « gagne-pain ». Nous sommes vraiment inscrits dans un ordinaire de travail qui est d’ordre quasi sacramentel.
C’est ainsi que nous rejoignons tout à la fois le travail de la création – un enfantement de chaque jour – et celui de la rédemption dans les douleurs… Saint Paul le dit. Pas de grands travaux d’Hercule, sauf exception… un cycle de Nazareth, répétitif, sans éclat, sans histoire. Sa valeur est telle pourtant, que Dieu a choisi de s’y investir tout entier, longuement… et quand il veut se dire, tout en restant ce qu’il est, c’est-à-dire CACHÉ, c’est à ce travail-là qu’il emprunte ses PARABOLES. Et c’est parmi ces travailleurs qu’il va chercher ses APÔTRES.
Frère Christian,Chapitre, « un TRAVAIL très ordinaire », 12.01.1993, Dieu pour tout jour, p. 420-421.
