En des moments privilégiés de la journée — Avec Benoît et les Pères cisterciens

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En des moments privilégiés de la journée


« En des moments privilégiés de la journée, selon la grâce que le Seigneur concède, le cœur orant doit s’arrêter, se recueillir, faire silence, se centrer et reposer en Dieu ...

En des moments privilégiés de la journée…

« En des moments privilégiés de la journée, selon la grâce que le Seigneur concède, le cœur orant doit s’arrêter, se recueillir, faire silence, se centrer et reposer en Dieu. En cette attention intérieure, intense et détendue, nous sommes dépouillés du vieil homme et revêtus de l’Homme Nouveau » (Lettre de l’Abbé Général).

Ce travail reste mystérieux. C’est l’œuvre cachée de l’Esprit-Saint. Encore faut-il s’y livrer dans la foi. Labbayka, Me voici ! dit le pèlerin en arrivant à Mekka et tout au long des rites du hajj.

Nous nous retrouvons avec lui en ce point focal où le pèlerin se veut en présence de Dieu, offert et disponible au vouloir divin. Ce lieu est FILIAL. Le pèlerinage peut aider à l’y rejoindre, à condition de préserver le seul à Seul. La foule, la multitude peuvent être un adjuvant précieux, comme la communauté quand elle se recueille en quête de l’Unique à la façon des Apôtres avec Marie et quelques femmes. Mais comme le dit Madeleine Delbrêl : « Prier, c’est aller à un sacrifice que chacun doit offrir… laisser ceux qu’on laisse, quitter ceux qu’on quitte, constitue en partie le sacrifice de la prière ». C’est le temps du « point mort » … ce moment où le véhicule est à l’arrêt pour faire le plein. Temps perdu apparemment. Le véhicule n’est-il pas fait pour la route ? Temps gagné si on veut que la route dure. C’est vrai, il ne se passe rien durant ce temps, on n’avance pas, on ne voit rien, on ne sent rien. Ça ne tourne pas, ça ne marche pas, en apparence. Moment précieux, indispensable qu’il faudra renouveler pour que toute la route se fasse avec cette énergie venue d’ailleurs dont on aura fait le plein, dont on aura senti le manque, le vide, et sans laquelle, réduit à sa seule force d’inertie, le véhicule n’irait pas loin. La prière, le pèlerinage aussi, sont ainsi (pour reprendre Madeleine Delbrêl) « un vrai sacrifice, un morceau de notre vie, hors sens peut-être pour la mentalité ambiante (avide de vitesse et d’efficacité et d’autonomie), stérile de tout, sauf de grâce ». Rejoindre Jésus à l’écart, de nuit, dans la foi nue, comme à Gethsémani, quand il dit Père, me voici pour faire Ta volonté ! Le jour peut venir, et la foule avec. L’Esprit sera de toutes les rencontres, lui qui présidait au seul à Seul dans le dépouillement accepté de l’oubli de soi, de la mort à soi-même en présence du Tout Vivant.

Frère Christian,Chapitre, « ‘îd l-adha labbayka », 11.06.1992, Dieu pour tout jour, p. 399.