La compassion de Marie
Sachons-le, il y a deux espèces de martyre : l'un manifeste, l'autre secret ; l'un visible, l'autre caché ...
La compassion de Marie
Sachons-le, il y a deux espèces de martyre : l'un manifeste, l'autre secret ; l'un visible, l'autre caché ; l'un dans la chair, l'autre dans le cœur. Le martyre du cœur, me semble-t-il, dépasse les tourments de la chair. C'est dans ce genre de douleurs que triompha la glorieuse Vierge, d'autant plus glorieuse qu'elle était la plus proche de tous, quand, adhérant à la croix adorable de la passion du Seigneur, elle puisa au calice, elle but la passion et, abreuvée au torrent de douleurs, elle endura une douleur à nulle autre pareille…
Elle se tenait debout près de la croix pour voir - triste spectacle ! - la tête très douce de son Fils, celle qui, bien qu’ointe d'huile de préférence à ses compagnons, fut frappée avec un roseau et couronnée d'épines. Elle regardait le plus beau des enfants de hommes sans éclat ni beauté. Elle voyait méprisé et ravalé au dernier rang, celui qui est exalté au-dessus de tous les peuples, le Saint des saints crucifié avec les scélérats et les impies. Elle voyait les yeux de cet homme si grand regarder vers la terre, et la tête de celui qui soutient toutes choses, pendre, inclinée sur les épaules ; elle voyant la très douce face de Dieu se flétrir et la beauté de son visage se cacher.
Vous tous qui aimez la mère du Seigneur, arrêtez-vous et considérez du plus profond de votre cœur quelle était celle qui pleurait, à la mort de son Fils, et ce qui lui était demandé. La tristesse que lui causa la passion de son Fils échappe à toute pensée, dépasse l'intelligence de l'homme. Il n'y a rien de semblable, rien n'atteint à une telle amertume de douleur !
Elle eut aussi pour Dieu celui-là même qu'elle eut pour fils, car "Un homme est né en elle, et le Très- haut lui-même l'a créée". Et c'est pour cela qu'elle l'aimait incomparablement davantage. Elle seule mérita, depuis toujours, d'avoir pour fils celui qu'elle avait pour Dieu.
Aussi l'abîme appelant l'abîme, ces deux tendresses avaient convergé en une seule, et de ces deux amours naquit un unique amour, puisque la Vierge Marie avait à l’égard de son Fils l'amour dont on aime Dieu, et qu'elle aimait Dieu en aimant son Fils. Elle a donc d'autant plus souffert qu'elle a plus aimé, et l'intensité de son amour a attisé le feu de sa souffrance.
Cinquième homélie mariale (Extraits. Sources chrétiennes 72)
